Du 31 mai au 30 juin, tous les regards seront tournés vers la Corée du Sud et le Japon. Pour la 17e édition de la Coupe du Monde, la FIFA a innové en confiant l’organisation de l’événement à deux pays. Une première qui ne devrait pas être renouvelée.

Corée du Sud et Japon. En 1996, la FIFA n’avait pas forcément mesuré toutes les conséquences de son choix en confiant l’organisation de sa Coupe du Monde à deux pays. Qui plus est, deux pays rivaux. Une décision imposée par le président tout puissant de l’époque, Joao Havelange. Le Brésilien cherchait à rapprocher les peuples et pensait surtout pouvoir concourir pour le Prix Nobel de la Paix. Pari manqué. Non seulement Havelange n’a jamais obtenu le Nobel, mais en plus, la coorganisation a plutôt exacerbé les rivalités entre les deux pays. Même s’ils multiplient depuis quelques semaines les initiatives communes.

Les deux comités organisateurs du Mondial, KOWOC pour la Corée et JAWOC pour le Japon, travaillent main dans la main pour la première Coupe du Monde organisée en Asie. Une chanson dans les deux langues a été préparée pour célébrer la réconciliation entre Coréens et Japonais. Les policiers des deux pays échangent des renseignements pour prévenir les violences de hooligans et le terrorisme. Et exceptionnellement, mais uniquement pour la durée du Mondial, les Sud-coréens n’auront plus besoin de visas pour venir au Japon.

Le rapprochement reste toutefois très timide. En Corée, on n’a toujours pas digéré l’épisode du manuel scolaire d’histoire minimisant les exactions des troupes nippones dans la péninsule coréenne (occupée de 1910 à 1945) et en Chine. Selon les sondages publiés dans les deux pays, 51% des Japonais et 49% des Coréens pensent que la coorganisation du Mondial permettra d’améliorer les liens entre Séoul et Tokyo. Signe que les rapports sont tendus : le match d’ouverture du Mondial. L’empereur Akihito ne se rendra pas à Séoul pour le coup d’envoi le 31 mai. C’est son cousin, le prince Takamado, qui le représentera, pour ce qui constituera la première visite d’un membre de la famille impériale dans la péninsule depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Ce choix de la coorganisation a pratiquement fait l’unanimité contre lui. Sur le plan sportif, la compétition débarque dans un continent (c’est surtout vrai pour la Corée du Sud) où la culture footballistique est plutôt limitée. Pourtant, le succès devrait être au rendez-vous, même s’il reste encore quelques billets à vendre. Au Japon, la présence des plus grandes vedettes du ballon rond est l’assurance de remporter l’adhésion du public local, qui vénère les stars. Après tout, la Coupe du monde de football est la compétition la plus populaire après les Jeux Olympiques d’été.

Mais c’est surtout sur le plan économique, que la double organisation a montré ses limites. Alors que l’Euro 2000 avait été confié aux Pays-Bas et à la Belgique afin d’en limiter les coûts, la Coupe du Monde 2002 a entraîné l’effet inverse. Point de concertation entre la Corée du Sud et le Japon mais plutôt de la rivalité. Le président de la FIFA, Sepp Blatter, l’avoue lui-même. Les coûts ont atteint des niveaux records. Nous allons avoir le double de frais pour une seule recette. Logique. Entre les déplacements des équipes, des médias, des membres de l’organisation, il faut tout prévoir en double. Heureusement pour elle, la FIFA ne doit pas supporter les coûts de construction des 20 stades, presque tous entièrement bâtis pour l’occasion ! La Corée du Sud a investi près de 2 milliards d’euros dans la préparation de l’événement. L’Etat a versé 430 millions d’euros pour le financement alors que les dix villes sélectionnées pour accueillir des rencontres ont apporté plus d’un milliard d’euros. Le Japon a fait plus fort. Sur les deux dernières années, les Japonais auraient investi 3,51 milliards d’euros ! On n’a pas lésiné sur les moyens. 80% du financement a été assuré par les collectivités locales. Sept des dix stades retenus sont complètement nouveaux.

L’expérience asiatique ne devrait pas être renouvelée. L’Allemagne organisera seule le Mondial 2006, et un seul pays africain (Maroc, Afrique du Sud, Egypte?) accueillera l’édition de 2010.