L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) estime que les terrains synthétiques représentent « un risque peu préoccupant pour la santé ». Toutefois, précise l’agence, des « incertitudes » demeurent quant aux risques sanitaires liés aux granulats de pneus. Pour l’Anses, le danger principal serait surtout lié aux effets sur l’environnement.

L’Anses avait été saisie le 21 février par plusieurs ministères (sports, santé ou encore transition écologique) afin d’évaluer les risques liés à l’utilisation croissante de granulats de pneus usagés dans les terrains de sport synthétiques. Ces petites billes noires de caoutchouc contiennent en effet plusieurs substances chimiques potentiellement dangereuses, tels les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), classés cancérogènes probables pour l’homme. Toutefois, les analyses épidémiologiques existantes ne mettent pas en évidence une augmentation du risque cancérogène, associée à la fréquentation d’un terrain synthétique, estime l’Anses. Si des substances cancérogènes sont bien émises ou relarguées par les granulats de pneus, elles le sont à de « faibles concentrations ». Cela n’empêche pas l’agence de préconiser la réduction de la teneur en HAP, jugés comme des « composés préoccupants », dans les billes de caoutchouc.

Pour parvenir à ces conclusions, l’Anses s’est fondée sur une revue des études et expertises (une cinquantaine) publiées au niveau international. Aussi, l’agence reconnaît des « incertitudes » liées à la fois à des « limites méthodologiques » et à un « manque de données ». Lesdites études ne prennent pas en compte la variabilité de la composition des terrains. « Des incertitudes demeurent quant aux risques sanitaires potentiels associés à ces matériaux, en particulier en lien avec les émissions de composés organiques volatils [COV] », notent les experts. L’agence recommande de procéder à des analyses plus larges des polluants contenus et émis par les granulats de pneus. Outre les HAP et les COV, de nombreuses familles de substances potentiellement dangereuses ont été mises en évidence dans les petites billes noires : phtalates, métaux (plomb, zinc, cuivre, cadmium, nickel…) polychlorobiphényles (PCB) ou encore dioxines…

3000
Selon un inventaire dressé par le ministère des Sports, le nombre de terrains synthétiques de « grande dimension » était estimé à environ 3.000 en France, au début de l’année.

L’Anses appelle à mener de nouvelles recherches, principalement dans deux directions : l’air intérieur des bâtiments qui abritent des complexes sportifs, et les aires de jeu pour enfants, où sont aussi utilisés les granulats de pneumatiques recyclés pour le revêtement des sols. Les experts de l’agence estiment que « l’exposition sur les terrains synthétiques en espace clos est peu ou mal renseigné ». Cette note, insiste l’Anses, « ne constitue pas une évaluation des risques et ne porte donc pas de conclusions de l’agence sur l’existence ou l’absence de risques ».

L’Anses conclut que « les études disponibles ne mettent pas en évidence de risque pour la santé ». L’autorité sanitaire précise, en revanche, que les mêmes études « évoquent des risques potentiels pour l’environnement ». Plusieurs publications scientifiques mentionnent des risques liés au transfert de substances chimiques dans les milieux via les sols et les systèmes de drainage des eaux de pluie. L’utilisation de granulats peut également conduire à la génération de microplastiques, donner lieu à des phénomènes de bio accumulation et potentiellement affecter les organismes aquatiques ou terrestres. Au final, l’Anses recommande l’élaboration d’une méthodologie afin de pouvoir évaluer les risques environnementaux avant toute mise en place de terrains synthétiques.

L’agence chimique européenne doit rendre les conclusions d’une enquête sur ces revêtements d’ici l’été 2019. Selon les résultats, les normes pourraient être renforcées.

Pourquoi des pneus ?
Depuis 1990, il est interdit de mettre des pneus usagés en décharge. Les fabricants doivent les collecter et les valoriser. Ils sont donc utilisés comme combustible, notamment pour des cimenteries, peuvent servir de murs anti-avalanches, ou encore être broyés pour fabriquer des granulats dont on se servira pour du gazon synthétique ou la fabrication d’aires de jeux. En 2017, en France, 420.000 tonnes de pneus ont été collectées en métropole et 17.000 en outre-mer. L’année précédente en métropole, 96.000 tonnes ont été transformées en granulat.