Le Mondial est maintenant terminé. Il est temps de tirer les premiers bilans de cette Coupe du monde asiatique qui aurait pu tourner à la catastrophe (Deuxième partie).

Première Coupe du monde du 21e siècle, l’édition 2002 était également la première Coupe du monde organisée par deux pays. Scrutée par le monde entier, la coorganisation n’a pas tourné au fiasco, mais plusieurs dérapages ont été constatés.

1. Pas de problème de sécurité
On ne s’en souvient pas forcément aujourd’hui, mais avant le début du Mondial, la préoccupation numéro 1 des organisateurs était la Sécurité. Pour la Corée du Sud et le Japon, la déferlante annoncée des supporters étrangers était une première. Une sorte de découverte. Le simple fait d’évoquer le mot hooligan faisait d’ailleurs sursauter les responsables asiatiques. Et depuis le triste 11 septembre 2001, la paranoïa s’est considérablement renforcée.
Quelques semaines avant le lancement de l’épreuve, les autorités asiatiques inondaient les télévisions du monde entier de démonstrations militaires. Pour le défilé du 14 juillet, tout était paré, pour la réception de joueurs de football, on commençait à en douter sérieusement. Un mois plus tard, RAS. Entre le coût du voyage et du séjour en Asie, les 3.000 policiers par stade, les déplacements incessants des équipes, aucun incident n’est venu troubler l’ordre établi. Même en Corée, lorsqu’on a compté 7 millions de personnes dans les rues (dont 2 millions dans les rues de Séoul) après la qualification de l’équipe nationale pour les demi-finales. Les hooligans étaient aux abonnés absents. Les autorités japonaises avaient pris les devants en expulsant dès leur arrivée les hooligans présumés (65 étrangers, dont 51 Britanniques, se sont vus refuser l’entrée sur le territoire). La police japonaise avait déployé 7.700 hommes dans les villes accueillant des rencontres de Coupe du monde. Pour la finale de Yokohama, pas moins de 15.400 policiers étaient réquisitionnés autour du stade, pour quelques 72.000 spectateurs (dont un empereur -celui du Japon-, un roi -celui de Jordanie-, deux présidents de la République -Allemagne et Corée- et un Chancelier -Allemagne-) ! La Corée n’était pas en reste. Elle avait interdit de séjour 6.515 terroristes présumés et 2.689 hooligans. Le gouvernement avait placé sous surveillance 2.902 immigrés clandestins provenant de pays suspectés être impliqués dans le terrorisme et travaillait en étroite collaboration avec 80 services de renseignement dans 55 pays. A Daegu, 10.000 policiers et un millier de militaires avaient été réquisitionnés le 10 juin avant le match Corée – Etats-Unis, annoncé à hauts risques. Le Mondial aura créé plus de problèmes d’ordre public en Turquie (au moins 5 morts par balles perdues après la victoire contre le Sénégal) et en Russie (un mort et des dizaines de blessés après la défaite face au Japon). Un bon point pour ce Mondial 2002.

2. Un budget très élevé
Une Coupe du monde, ça coûte cher. Les charges sont nettement plus élevées que prévu en raison, entre autres, du coût de l’organisation conjointe par la Corée du Sud et le Japon, rappelait la FIFA dans son rapport financier. Pour 2002, la FIFA évalue ses dépenses à 843 millions d’euros, dont 65% (546,5 millions d’euros) au titre de la Coupe du monde. Ces chiffres, on les connaissait déjà. Ce que l’on ignore encore, c’est le devenir des enceintes créées spécialement pour l’occasion. Les dix stades flambants neufs de Corée ont été édifiés pour une facture de 2 milliards d’euros. Au Japon, la seule arène de Sapporo (avec toit ouvrant et pelouse mobile) a coûté 500 millions d’euros. Dans des pays où le football n’était pas supposé attirer les foules, 2.636.168 spectateurs ont assisté aux matches du tournoi, soit une moyenne par rencontre de 39.580 pour la Corée et 44.181 pour le Japon (moyenne générale : 41.844 par match sur les deux pays). Pour rentabiliser ses enceintes, le Japon a prévu de reconvertir la plupart des sites pour le baseball. Toutefois, la presse japonaise relève que l’entretien du seul stade de Yokohama (73.000 places) devrait coûter chaque année quelque 4,4 millions de dollars à la ville. Le devenir des stades est encore plus incertain pour la Corée et ses stades de 50.000 places. Un gros point d’interrogation pour ce Mondial 2002.

3. Des problèmes de billetterie
Comme en 1998, les problèmes de billetterie n’ont pas été réglés. En France, des places avaient été vendues deux fois. Des spectateurs avaient même fait le déplacement pour rien. En Asie, le spectacle était tout aussi surréaliste. D’un côté des tribunes inoccupées (devant les caméras de télévisions, ça fait mauvais genre), de l’autre des spectateurs qui ne peuvent acheter aucun billet et qui doivent rester aux portes des stades ! Il y a eu également l’épisode cocasse Mohamed Bin Hamman, révélateur de l’état dans lequel se trouve la FIFA. Deux des 125 billets achetés par le président de la Confédération d’Asie (AFC) et valables pour le match Suède-Angleterre, avaient été saisis sur un revendeur au marché noir ! Bin Hamman aurait acheté ses billets pour en faire cadeau à des entreprises partenaires de l’AFC mais l’un des employés britanniques d’une de ces sociétés se seraient fait subtiliser ses billets dans un bar. Un mauvais point pour ce Mondial 2002.

4. La coorganisation mitigée
Sur un plan diplomatique en revanche, l’organisation du Mondial s’est avérée exempte de tout reproche entre le Japon et la Corée. La Corée du Nord a même salué la performance de sa soeur ennemie du Sud. L’effet sera-t-il durable ? En attendant, c’est un bon point pour ce Mondial 2002. La Corée et le Japon ont prouvé qu’ils pouvaient organiser un tournoi à deux pays. Cette cogestion pourrait donner des idées à bien des pays qui n’ont pas les moyens à eux seuls d’accueillir un des événements sportifs les plus médiatisés de la planète. Sepp Blatter a d’ores et déjà fait savoir que la FIFA ne s’opposerait pas à de nouvelles expériences de ce genre. Les joueurs sont moins enthousiastes à cette idée qui oblige les délégations à tenir toujours prêtes les valises et à passer plus de temps dans les transports que sur les terrains. Un bilan mitigé pour ce Mondial 2002.

5. Un tournant pour les droits commerciaux
Sur le plan économique et du point de vue des retransmissions télévisées, c’est un énorme point d’interrogation. Pour 2002, la vente des droits télévisés de la Coupe du monde a rapporté 897 millions d’euros à la FIFA contre 90 millions d’euros en 1998 (la Fédération internationale avait vendu au groupe allemand Kirch les droits pour les éditions 2002 et 2006 pour 2,6 milliards d’euros). Le ciel de la Coupe du monde devrait donc être dégagé et pourtant. La FIFA se débat dans une mélasse comptable dont on n’a pas encore vu le fond. Qui plus est, à la suite de la faillite du groupe Kirch, la couverture du milliard et demi de droits TV pour l’édition 2006 n’est pas forcément assurée. Mais, avec l’éclosion de marchés gigantesques comme la Chine et les Etats-Unis, il existe des chances que le jackpot télévisuel atteigne de nouveaux records.

Gageons qu’en 2006, on devrait retrouver les problèmes de billetterie qui restent insolubles pour les organisateurs. L’Allemagne ne devrait pas s’embarquer dans une course à l’armement en matière d’infrastructures mais la question de la sécurité va rejaillir. Les spécialistes anglais, néerlandais et allemands ont brillé par leurs absences en Asie. Dans quatre ans, ils seront déjà surplace. L’occasion pour eux sera trop belle.