Cheikh Saoud bin-Abdulrahman Al-Thani, secrétaire général du Comité olympique du Qatar, à la fois ministère des Sports et bras armé des candidatures, évoque la stratégie de son pays : être candidat à un maximum de grands événements pour accélérer son développement.

Vous avez perdu l’organisation des Mondiaux d’athlétisme 2017. Votre pays n’était plus habitué à l’échec…
Ne pas faire gagner une candidature, ce n’est pas un échec, c’est une leçon. La défaite est la norme tant il y a de pays candidats, c’est le succès qui est exceptionnel. Nous avons appris de toutes nos expériences malheureuses et nous poursuivrons notre stratégie qui est d’être candidats à un maximum d’événements.

Vous parlez d’une stratégie. A Doha, des affiches proclament que le Qatar est une bidding nation (nation candidate). C’est presque une identité
Le sport est devenu un pilier de notre société. Nous ne sommes pas candidats pour être candidats mais pour développer le sport au Qatar et que ce développement soit utile à la société. Cela fait environ quinze ans que nous avons cette politique. En 1997, nous avons organisé la première Golden League à Doha. Depuis, nous n’avons pas cessé d’améliorer notre offre pour l’athlétisme mondial jusqu’aux Mondiaux indoor 2010. C’était le sens de notre candidature pour 2017. On a été battus mais on recommencera.

Et les résultats justement ! Certains vous reprochent de ne pas exister sur la scène internationale et donc de manquer de légitimité au moment de vouloir organiser…
Il faut être réaliste: avec une population de 500.000 Qataris, on ne peut pas se comparer à des pays qui ont une longue tradition ou une forte population. Notre handball est champion d’Asie des -21 et -17 ans, le club d’Al Saad est champion d’Asie de football… Nous faisons de notre mieux mais tout a une limite. Nous avions 18 athlètes à Pékin, nous espérons en qualifier plus à Londres mais cela ne se décrète pas. Ca prend du temps.

Que répondez-vous à vos détracteurs qui vous reprochent de gagner des candidatures grâce à votre seule puissance financière ?
L’argent est un moyen comme un autre. Essentiel et décisif, certes, en des temps où beaucoup de pays sont en crise. La vraie question est : +Est ce que les instances internationales veulent s’ouvrir à de nouveaux pays ?+ Je trouve que la tendance à l’ouverture observée à la FIFA et au CIO est bénéfique pour le sport parce qu’en renforçant le sport dans un pays où il n’est pas bien implanté, vous créez un héritage fort en terme de pratique. Maintenant, il est normal que les pays de tradition ne nous voient pas arriver d’un bon oeil. C’est une compétition comme les autres.

Propos recueillis par Françoise CHAPTAL
Une affaire de famille

Le sport qatari est dirigé par une poignée d’hommes et de femmes issus de la famille régnante, la dynastie des Al Thani, qui a notamment assis sa réussite en la matière sur son art du recrutement. Fils de l’Emir, prince héritier appelé à lui succéder bientôt, Cheikh Tamim bin Hamad Al Thani est le véritable patron du sport au Qatar, l’initiateur de cette politique d’acquisitions et de candidatures tous azimuts.

Installé en 2001 à la tête du Comité olympique du Qatar (QOC), élu dans la foulée membre du CIO, Tamim, 31 ans à peine, multiplie les casquettes : président du Comité d’organisation du Mondial 2022, du Comité de candidature aux JO-2020, il est également propriétaire de QSI (Qatar Sport Investment), société créée avec ses fonds propres pour financer les investissements en matière de sport au Qatar et à l’étranger, et notamment le rachat du club de football du Paris-SG. Sa mère, Sheikha Moza bint Nasser, préside la Qatar Foundation, véritable laboratoire d’idées du développement qatari et premier sponsor maillot de l’histoire du FC Barcelone, tandis que son frère aîné Jassim est l’un de ses plus proches conseillers.

Pour diriger QSI, organisée en (coentreprise) avec le QOC, Tamim a choisi un homme de confiance, président de la Fédération nationale de tennis, et d’Al-Jazira sport, devenu célèbre en France en tant que président du PSG : Nasser Al Khelaifi, avec qui il avait autrefois le temps d’échanger des balles.

Les choix de Tamim sont empreints d’une même exigence : les directeurs opérationnels des institutions qu’il préside sont tous des polyglottes formés dans les plus grandes universités anglo-saxonnes, comme Hassan Al-Thawadi, directeur général du Comité suprême d’organisation de 2022, la femme d’affaires Noora al-Mannai pour les JO 2020, ou Cheik Saoud Bin Abdulrahman Al-Thani, apparenté à la famille régnante, et secrétaire général du COQ.

Si les institutions sont présidées par des Qatariotes, leur fonctionnement quotidien est assuré par des expatriés de luxe. Tenaillé par une obligation de résultats dans l’optique de sa Coupe du monde, le football qatari est ainsi modelé par des étrangers : le coach brésilien Sebastiao Lazaroni pour l’équipe première, 13 entraîneurs étrangers, sur 14 équipes, pour les clubs de 1re division, et trois conseillers pour orienter les choix des dirigeants fédéraux.

Toutes les fédérations vont chercher ailleurs l’expertise qui fait défaut à ce pays neuf. A Aspire, l’académie des sportifs de haut niveau, aucun entraîneur n’est qatari. Une anomalie que le petit Etat du Golfe est déjà en train de réparer en recrutant à l’étranger des formateurs… pour former ses formateurs.